Posted in Production des artistes

Artistes en exil, par Sarah Sakji

Artistes en exil, par Sarah Sakji Posted on mai 5, 202057 Comments

L’art en exil : la suite de Sarah Sakji

Alice Amoroso, « Une guerre sans fin » : linogravure en deux plaques sur une taille douce, 80×30 cm imprimée à l’Atelier aux Lilas

L’Exil possède une force d’évocation métaphorique, liée, pour moi, au sentiment d’exclusion, de rupture ou de distanciation. S’exiler, c’est parfois l’opportunité de « penser ailleurs »  comme le disait Montaigne. Cela m’évoque l’artiste qui emprunte les chemins de traverse et qui favorise l’errance comme processus. L’art est évasion en soi, c’est de l’errance qu’émergent les idées, les expériences, les surprises, les découvertes. C’est lorsque l’on n’est pas totalement à sa place que l’on a une pensée déshabituée sur le monde (Akira  Mizubayashi, « Petite éloge de l’errance », 28 août 2014).

Mais l’exil est également souvent une contrainte, et l’inégale répartition de la reconnaissance pour les artistes laisse émerger un véritable sentiment d’exil pour beaucoup d’entre eux. Au sein de la société premièrement, l’art de l’artiste souffre d’un manque de reconnaissance en tant que vrai métier, et la majorité font face à une précarité ou à une situation de pluriactivité, puisque c’est dans ces métiers que la compétition est la plus vive pour attirer et rémunérer les individus jugés talentueux. Mais il y a aussi l’exil de cette forteresse qui semble impénétrable, celle du marché de l’art. Ces exilés n’ont de cesse de tenter de briser les frontières, d’assaillir cette enceinte qui les sépare du classement, d’une visibilité et d’une vie décente. 

Qui survit à ce système ? De quels facteurs dépendent- ils ? Faut-il à tout prix participer à ce fonctionnement, n’y a t-il pas d’autres alternatives ? Quelles conséquences a-t-il sur la majorité des artistes, sur la créativité et la diversité ? Quelles sont les difficultés que rencontre l’art en exil dans ce cadre ? 

On peut se demander, à l’inverse, si ce ne seraient pas ces artistes à succès qui se sont exilés de la terra incognita de la création. Ce beau qui a pour ambition de changer la vie, comme le disait Rimbaud. Ne serait-ce pas sur eux que l’horizon capitaliste s’est refermé, et qui sont désormais prisonniers de cette matérialité ?  Est-il possible de « penser ailleurs » de ce système sans pour autant se précariser et se sacrifier ?

Je tiens à porter mon attention sur les disparités dans le milieu artistique qui ont des conséquences sur la créativité et la diversité de la production. Cet article a pour but de dresser un état des lieux des motifs et du vécu de la précarité de l’artiste,  du sentiment d’exil et de la domination culturelle. Mais aussi de l’exclusion de ceux qui auraient une approche différente de l’art. Plus subtil qu’un exil au sens géographique, il s’agit de l’exil de soi-même. Cela concerne donc des formes variées que peut revêtir l’exil, mais surtout d’une invitation au voyage au travers du marché de l’art contemporain, afin d’entrevoir si un ailleurs est possible : celui de se réinventer loin des contrées fantasmées, et de se déployer artistiquement, sur une carte bien plus vaste que le marché de l’art tel qu’il est, mais qui reste à dessiner. 

1.Compétition, précarité, la créativité menacée ?

 Le marché de l’art contemporain est concerné par un phénomène qui a vu le jour au milieu des années 1990, et qui s’est accéléré au cours de la dernière décennie; celui d’un star system créé par Andy Warhol. Cela se passe dans la sphère artistique: le marché qui brasse le plus d’argent, qui attire le plus l’attention, et dont la démesure est devenue planétaire. Qui sont ces artistes qui monopolisent les grandes ventes, qui font travailler des dizaines d’assistants, qui exposent sur les cinq continents dans des galeries et musées, et sont achetés par des collectionneurs qui ont parfois mis leurs noms sur une liste d’attente? Les trois plus grands noms sont Damien Hirst, Takashi Murakami et Jeff Koons. 

Andy Warhol, précurseur et première mégastar de l’art contemporain, avait l’habitude de dire: «Etre bon en affaires est l’art le plus fascinant. Gagner de l’argent est un art, et travailler est un art, et faire de bonnes affaires est le meilleur des arts  Il avait aussi compris que la célébrité pouvait être extrêmement lucrative, encore fallait-il dépasser les quinze minutes accordées, selon lui, à chacun ! Mais avant lui, Asger Jorn, l’artiste avant-gardiste danois qui a été l’un des membres fondateurs du  CoBrA (mouvement artistique créé en 1948) et de l’Internationale Situationniste, a écrit en 1961 Valeur et économie (Værdi og Økonomi). Cela est concomitant avec l’émergence d’un grand nombre de galeries depuis les années 1970. Toute cette «industrie» n’existerait évidemment pas sans les richissimes collectionneurs. Milliardaires américains, européens ou orientaux, leur attitude est sans limite et ils dépensent des fortunes colossales pour voir leurs noms accolés à celui d’un artiste star. L’art est un nouveau signe extérieur de richesse, et on peut choisir d’acquérir de l’art par passion et par esprit de collection, ou comme placement financier. 

Avec, pour conséquence, la diversité et la créativité qui en souffrent. Et cela crée un gouffre de plus en plus important avec le reste des artistes. Il n’y a pas de mal à ce que Jeff Koons soit reconnu, le problème est qu’il ne représente qu’une toute petite partie du monde de l’art contemporain, et que les médias ne se préoccupent que très peu des autres.

Être artiste et en vivre à la sortie d’école relève du coup de génie. Cette profession, pourtant extrêmement valorisée, est marquée par la grande précarité de la majorité des artistes. Pour ceux qui ne sont pas pris en charge par leur famille, beaucoup se retrouvent dans une situation de pluri activités pour pratiquer leur art à côté. C’est une vie échelonnée de diverses remises en question qui nécessite une certaine force morale pour continuer dans l’adversité, et de croire en  soi et en ce que l’on fait.

De plus, il n’y a pas de tests standardisés pour définir le niveau d’excellence d’une œuvre, et cette absence de critères précis pose un voile d’ignorance. En ne distinguant pas bien les différences de qualités entre les artistes, ou les facteurs qui ont contribué à leur réussite, on ne mesure pas bien ses chances. Cela laisse nourrir un espoir d’une carrière artistique alors même que les chances de réussite sont distribuées de manière asymétrique.

En effet, c’est dans ces métiers que la compétition pour attirer et rémunérer les individus jugés les plus talentueux est la plus vive, et que la concentration des gains crée des situations de winner takes all. Le talent est là, mais il n’est pas l’unique condition pour faire sa place. C’est un monde gouverné par une distribution parétienne de l’estime et de la reconnaissance matérielle et symbolique ( Pierre-Michel Menger, « Les artistes en quantités. Ce que sociologues et économistes s’apprennent sur le travail et les professions artistiques. » Dans Revue d’économie politique 2010/1 (Vol. 120)). Selon la loi de Pareto, seuls 20% bénéficient de 80% des ressources. 

La valeur d’une œuvre peut être déterminée par l’intensité de la demande, le flux qui s’établit sur la durée et l’interdépendance entre les œuvres du même artiste tout au long de sa carrière, mais c’est avant tout «  le regardeur qui fait l’oeuvre » (Georges Charbonnier, Entretiens avec Marcel Duchamp [réalisés en 1960], Marseille, éditions André Dimanche, 1994, p. 11-12, 81-82, 88-89. ), comme le disait Marcel Duchamp,  car elle n’a d’existence que dans le regard du spectateur. C’est pourquoi l’oeil du critique, véritable tastemaker, et des intermédiaires du marché, influent beaucoup.

L’Art et l’intérêt financier sont ainsi fortement mêlés, ce qui peut, bien sûr, comporter des effets positifs. Des artistes ont pu réaliser des œuvres d’une très grande qualité technique à l’aide de moyens dont ils n’auraient pas disposé si le marché n’était pas si actif. Mais ce qui est troublant, c’est que dans le classement Kunstkompass publié chaque année, qui donne la hiérarchie des artistes les plus populaires de l’Art contemporain, on s’aperçoit qu’on a une grande stabilité au cour des années voire des décennies ! Ce qui est assez perturbant pour un secteur fondé sur l’invention, l’innovation et le renouveau.

La beauté, la créativité ne seraient-elles pas menacées ? La beauté que chacun peut vivre et dont il peut être ébloui,  cette sorte d’effraction, d’horizon qui s’ouvre, et qui permet d’échapper à ce qui est grâce à un art détaché, né de l’errance ? L’art a souvent adopté non seulement les innovations technologiques du capitalisme, mais aussi ses plus récentes formes de management, marketing et valeurs, sans parler du style visuel de la publicité, de la culture populaire et de l’administration.  Il y a une explication à cette matérialité qui envahit peu à peu le côté sacré. « À partir du moment où l’on sacrifie l’émotion à la pensée (parce qu’il est conceptuel), l’art demande qu’on le démontre ; et si c’est au prix du marché que l’oeuvre doit sa valeur, c’est parce qu’il s’adresse à l’intelligence plus qu’à la sensibilité » (Laurent Danchin, Conférence au Sénat, Paris 2013). Une critique doit être partiale, politique, passionnée, comme le disait Baudelaire. Or l’approche intellectuelle et universitaire est éloignée de l’émotion. 

Dans son concept de « Réalisme Globaliste » (Annie Le Brun, « Ce qui n’a pas de prix », (Stock, mai 2018)), Annie Le Brun dénonce la domestication par désensibilisation, puisqu’elles font fi de toute sensibilité : peu importe la réaction du public, ça n’a pas d’importance, il s’agit  d’une soumission inconsciente.

C’est pourquoi nous devons rester attentifs, car ce monde semble essayer de nous convaincre qu’il n’y a pas d’alternative, pas de sortie, sinon de participer à ce système qui se définit par une forme de marchandisation totale qui nuit à la créativité. Le manque de diversité contraint à une forme d’exil de plus en plus d’artistes vers d’autres terres d’exposition, notamment, en dehors des musées et des galeries, vers des alternatives comme Artangel Trust (agence indépendante de commande artistique créée à Londres en 1985). 
Ce qu’il se passe dans les musées est le même phénomène que dans la défiguration des villes où l’on trouve partout les même enseignes, les même marques et les même marchandises. Car pour faire face à des budgets de fonctionnement extrêmement conséquents, les musées ont parfois abandonné leur responsabilité scientifique au profit d’une logique mercantile, afin de survivre. En effet, ce sont, dans la majorité des musées du monde, les même artistes qui présentent les mêmes œuvres, sponsorisés par les même puissances financières, sans vouloir tomber dans un « pessimisme de la culture » ( Cowen Tyler, In Praise of Commercial Culture, op. cit., p. 9).

2. Sentiments d’exclusion et gentrification

Si les artistes ont du mal à y trouver leur compte, c’est que cet appauvrissement se retrouve sur plusieurs niveaux. Les difficultés sont aussi provoquées par la surabondance d’artistes. A l’instar de ces étoiles qui brillent en puisant leur énergie dans la matière noire de l’Univers ; l’hyper visibilité et le succès se détachent, sur le fond de la multitude d’artistes invisibles, vivant peu ou très mal de leur activité ( Olivier QUINTYN, « La valeur somptuaire de l’art et la pauvreté des artistes », in Jean-Pierre COMETTI et Nathalie QUINTANE (dir.), L’Art et l’argent, Paris, Éd. Amsterdam, 2017, p. 44-45). Au-delà de cette « matière noire » de ces candidats à la visibilité, il y a également tous les ateliers de sous-traitance, qui confectionnent une partie des œuvres de certains artistes de renom. Véritables héros méconnus qui fabriquent directement ou non pour le compte de l’artiste. Le monde de l’art lui-même s’appuie sur la précarisation et l’invisibilisation d’une majorité de ses acteurs. Si la précarité est partout, la domination l’est aussi, et elle doit également être combattue sur le terrain de l’institution artistique (Phoebe CLARKE, « L’artiste pauvre : identité sociale et artistique », Revue Proteus, no 14, (dés)identification de la figure de l’artiste, Phoebe Clarke et Bruno Trentini (coord.), 2018, p. 8-15). C’est ce fonctionnement qui continue à perpétuer et à se servir du mythe de l’artiste, représentation simpliste fondée sur l’idée de pauvreté, de vie de bohème et de précarité, qui permet de perpétuer ce fonctionnement inégalitaire. 

Ce travailleur est extrêmement flexible et parfois contraint de travailler gratuitement pour pouvoir exister artistiquement. Il est plus fragile, plus exploitable et donc plus profitable pour quiconque fait appel à ses services. Ce sont là les caractéristiques que mettent également en valeur les nouveaux modes de travail plus ou moins indépendants au sein du capitalisme néolibéral. Cette description fait état à la fois de la situation de bien des artistes, mais aussi des travailleurs de beaucoup d’autres domaines. Mais cette forme d’adaptation pour se conformer aux exigences d’un milieu hostile implique cette forme de déni et d’exil de soi-même. De plus, cette situation est souvent aggravée par l’appartenance à certaines catégories identitaires et «minoritaires». On peut relever une faible mixité sociale à l’entrée en école et en diplômes d’art, et une relative homogénéité (sociale, nationale et genrée) du très petit nombre d’artistes accédant à une quelconque notoriété, une homogénéité démontrée par le sociologue Alain Quemin. Même si cela tend à se modifier avec l’émergence de plus en plus de collectionneurs et d’artistes internationaux. 

A ce propos, le collectif londonien Precarious Workers Brigade, par exemple, s’est opposé à l’installation des galeries d’art contemporain dans le quartier populaire de Boyle Heights à Los Angeles. Les habitants du quartier se mobilisent contre la gentrification à l’œuvre à travers l’installation dans des quartiers populaires de galeries, contribuant à faire de ces quartiers des terrains d’investissement rentables, un processus aussi nommé artwashing, que l’on peut aussi observer ici avec l’installation de plus en plus de galeries Rive Droite, dans le 10e arrondissement de Paris, ou la galerie Thaddaeus Ropac à Pantin ainsi que le projet “Komunuma”, un multiplexe d’art contemporain à Romainville. Car plutôt que d’apporter la culture à des quartiers déshérités, selon la formule consacrée, importe une culture rattachée aux classes moyennes et supérieures blanches qui contribue à invalider et à détruire la culture locale développée par une communauté installée sur place depuis la fin du XIXe siècle dans le cas de Boyle Heights à Los Angeles

3. Penser ailleurs

Le désintéressement pour l’argent est une manifestation de la qualité sacrée de l’art, car l’argent est considéré comme impur. A l’inverse, parfois, un artiste qui bénéficie de moyens conséquents est qualifié d’opportuniste – ce qui va influer sur l’interprétation de son identité artistique. Ainsi, peut-on apprécier les qualités plastiques de son œuvre sans évaluer l’authenticité de sa démarche artistique et/ou entrepreneuriale ?

Ainsi, au delà des préoccupations entre artistes en vue ou méconnus, entre les « gagnants » et les perdants d’un monde de l’art financiarisé, et de plus en plus inégalitaire et stratifié, il est intéressant de constater le champs des doubles contraintes, qui aliènent encore plus la situation de l’artiste.

En effet, comment ne pas sombrer dans la névrose quand il faut créer sans chercher à s’adapter à la demande, tout en devant se vendre pour vivre ? Quand il faut avoir l’air pauvre et désintéressé tout en tirant profit de son art ? 

Mais surtout, comment toucher la sensibilité par une approche analytique et théorique, donc scientifique, de son art ?

Car on assiste à deux conceptions de l’art qui s’opposent, voire qui ne peuvent cohabiter : l’une théorique, d’origine universitaire et à prétention scientifique, et qui se veut la négation des conceptions traditionnelles (les créations conceptuelles sont arrimées à un ensemble de théories et de paratextes nécessaires à leur compréhension), face à une conception intuitive, sensible, instinctive qui se revendique de l’esthétique traditionnelle, et qui se développe en dehors de l’université. Une forme de clivage entre art et science. 

Ayant favorisé la première, l’Etat fait prévaloir la conception universitaire. Ce qui peut générer une certaine frustration chez ceux (artistes ou spectateurs) pour qui le rapport à l’art est de l’ordre de la passion et de l’émotion. De plus, l’idée pourtant de s’adresser à la sensibilité n’est pas totalement abandonnée, ce qui a pour conséquence de créer des conflits intérieurs chez les jeunes artistes. Enfin, l’idée même de devoir se conformer à une conception de l’art représente déjà une demande d’adaptation de la part de l’artiste. 

   Ainsi la domination et les injustices de notre monde se reproduisent dans le monde des artistes. Ici encore, une minorité accapare la plus grande part des revenus, et cette distribution n’a rien à voir avec le mérite. Tout cela se fait aux dépens d’une créativité en perte de stimulation, d’une véritable diversité qui donne pourtant toute sa force à l’expression artistique. Il n’y a pas d’économie parallèle vivable parce qu’il n’y a pas de visibilité des marges (« Ressources humaines », FRAC Lorraine 49 Nord 6 est, Metz, 23 juin au 5 novembre 2017, commissaire : Virginie JOURDAIN). La terre universelle de l’art se transforme progressivement chez ces artistes en porteuse d’identités dominantes à laquelle un nomade comme lui ne peut jamais entièrement appartenir. 

Mais face à l’exil médiatique, le monde du digital offre aujourd’hui une opportunité importante pour les jeunes artistes en terme de visibilité, mais aussi de commercialisation. De plus, selon le rapport Hiscox : Facebook et Instagram sont devenus les réseaux sociaux préférés des acheteurs d’art au cours de ces deux dernières années.  Même si le passage en galerie reste un besoin pour avoir un rapport physique à l’œuvre, nous vivons une révolution anthropologique très forte, et les usages du temps se modifient, ainsi que les pratiques.

culturelles des nouvelles générations. La disponibilité des esprits pour le temps de l’oeuvre rétrécit par exemple, et les réseaux sociaux et nouveaux médias établissent un autre rapport au monde.  

Enfin, sur ces routes diverses, nous sommes tous en chemin et il n’y a rien de plus étrange qu’un homme qui ne bouge pas. La figure de l’artiste ou de l’étranger se déploie, sur les chemins de traverses et faites d’embûches, souvent avec un sentiment d’exil. Pour que l’exil ne soit pas un échec du déplacement, on a le choix entre ouverture ou repli. Bien sûr, il s’accompagne d’une souffrance intérieure, mais l’exil peut aussi être vu comme une opportunité, celle d’un regard déshabitué qu’il est difficile mais précieux de cultiver. Ainsi, les pérégrinations obligées, si on les accueille en ouvrant les yeux et l’esprit, nous enrichissent. Et ces disparités et adversités du monde de l’art sont peut-être l’initiation réservée à l’artiste, les épreuves nécessaires pour apprendre sans cesse et se déployer malgré les difficultés. 

Et ces exils, s’ils ont leur part d’arrachement, donnent toujours à voir le monde et des mondes.

57 comments

  1. Do you mind if I quote a few of your posts as long as I provide credit and sources back to your blog?
    My blog site is in the very same area of interest as
    yours and my visitors would definitely benefit from some
    of the information you present here. Please let me know if this alright with you.
    Thank you!

  2. can you buy cialis over the counter [url=https://genericcialisonline1.com]how to buy cialis [/url] buy cialis overseas
    buy generic cialis online safely [url=https://genericcialisonline2.com]buy cialis online cheap [/url] buy cialis australia
    buy cialis with paypal [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis canadian [/url] buy generic cialis online india
    news about generic viagra [url=https://genericviagraonline.us.com]online viagra [/url] generic viagra lowest prices
    direct online payday loans [url=https://paydayloans03.com]payday loans no credit check near me [/url] consolidate payday loans
    start up business loans for minorities with bad credit [url=https://badcreditloans03.com]home loans for bad credit no money down [/url]

  3. can you buy cialis without a prescription [url=https://genericcialisonline1.com]buy cialis online safely [/url] buy generic cialis online safely
    buy cialis online mexico [url=https://genericcialisonline2.com]safe place to buy cialis online [/url] buy cialis non prescription
    buy generic cialis online canada [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis without prescription [/url] buy cialis with prescription
    buy viagra online sites review [url=https://genericviagraonline.us.com]buy generic viagra canada price [/url] where to buy generic viagra without a prescription?
    payday loans colorado springs [url=https://paydayloans03.com]online payday loans bad credit [/url] stop paying payday loans legally
    emergency bad credit loans [url=https://badcreditloans03.com]large loans for bad credit [/url]

  4. best place to buy cialis [url=https://genericcialisonline1.com]buy cialis online [/url] buy cialis online without prescription
    is it safe to buy cialis online [url=https://genericcialisonline2.com]buy online generic cialis [/url] do you need a prescription to buy cialis
    buy cialis 20mg [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis cheap [/url] buy cialis pro
    generic viagra 50 mg price [url=https://genericviagraonline.us.com]when will legal generic viagra be available? [/url] what is name of the generic viagra
    direct online payday loans [url=https://paydayloans03.com]best online payday loans instant approval [/url] payday loans in georgia
    cash loans with bad credit [url=https://badcreditloans03.com]bad credit pay day loans [/url]

  5. mylan generic viagra 2017 [url=https://genericviagra2o.com]genericviagra2o[/url] generic viagra effectiveness time.
    how can i buy cialis online [url=https://genericcialisonline1.com]buy cheapest cialis [/url] buy cialis professional
    buy cialis online without a prescription [url=https://genericcialisonline2.com]buy generic cialis online [/url] buy real cialis
    buy cheap cialis [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis online overnight shipping [/url] buy liquid cialis
    how to buy viagra [url=https://genericviagraonline.us.com]how yo get generic viagra without perscriptions [/url] can generic viagra cause a sinus infection
    guaranteed payday loans direct lenders only [url=https://paydayloans03.com]direct payday loans [/url] payday loans direct lenders
    do credit unions give loans to bad credit [url=https://badcreditloans03.com]installment loans with bad credit [/url]

  6. buy generic viagra online cheap [url=https://genericviagra2o.com]ia generic viagra available at walmart [/url] generic viagra available in us.
    buy cialis cheap prices fast delivery [url=https://genericcialisonline1.com]buy cialis online forum [/url] how to buy cialis cheap
    is it legal to buy cialis online [url=https://genericcialisonline2.com]cialis buy online [/url] buy viagra and cialis online
    where to buy generic cialis [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis pills online [/url] can i buy cialis over the counter at walgreens?
    price teva will charge for generic viagra [url=https://genericviagraonline.us.com]generic viagra 100mg [/url] generic viagra scam
    payday loans san antonio [url=https://paydayloans03.com]how many payday loans can you have in florida [/url] installment payday loans online bad credit
    guaranteed signature loans for bad credit [url=https://badcreditloans03.com]payday loans for bad credit online [/url]

  7. cost of generic viagra per pill [url=https://genericviagra2o.com]50 mg viagra generic [/url] generic viagra super active.
    best place to buy generic cialis [url=https://genericcialisonline1.com]buy cialis pro [/url] buy generic cialis in canada
    buy cialis over the counter usa [url=https://genericcialisonline2.com]cialis buy online [/url] buy brand cialis online
    where can i buy cialis cheap [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis without presc [/url] buy cialis without a prescription
    generic viagra dosage recommendations [url=https://genericviagraonline.us.com]discount generic viagra [/url] generic viagra tacoma
    payday loans colorado springs [url=https://paydayloans03.com]legitimate payday loans online no credit check [/url] tribal payday loans no credit check
    hardship loans for bad credit [url=https://badcreditloans03.com]small personal loans with bad credit [/url]

  8. buy generic viagra and cialis online [url=https://genericviagra2o.com]generic viagra reviews [/url] is there a generic for viagra or cialis.
    buy cialis 5mg [url=https://genericcialisonline1.com]where to buy cialis in canada [/url] buy cialis and viagra online
    best place to buy cialis online forum [url=https://genericcialisonline2.com]how to buy cialis [/url] best place to buy generic cialis online
    how to buy cialis online [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis online in usa [/url] buy online cialis
    safe generic viagra [url=https://genericviagraonline.us.com]generic viagra online canada pharmacy [/url] generic viagra online pharmacy from canada
    payday loans mn [url=https://paydayloans03.com]payday loans boise [/url] payday loans in ny
    online payday loans with bad credit [url=https://badcreditloans03.com]emergency bad credit loans [/url]

  9. does walmart sell generic viagra? [url=https://genericviagra2o.com]genericviagra2o[/url] 12 generic viagra overnight delivery.
    buy cialis online with prescription [url=https://genericcialisonline1.com]buy cialis cheap [/url] buy cialis online canada
    can you buy cialis over the counter at walmart [url=https://genericcialisonline2.com]buy cialis canadian [/url] buy cialis in canada
    buy generic cialis online india [url=https://genericcialisonline3.com]cialis buy [/url] can i buy cialis over the counter
    order viagra from mexican pharmacy [url=https://genericviagraonline.us.com]cheap generic viagra online pharmacy [/url] review buy generic viagra
    direct lenders payday loans [url=https://paydayloans03.com]same day payday loans [/url] easy payday loans online
    bad credit installment loans guaranteed approval [url=https://badcreditloans03.com]bad credit collateral loans [/url]

  10. caverta veega generic viagra [url=https://genericviagra2o.com]genericviagra2o[/url] purple generic viagra.
    buy generic cialis online canada [url=https://genericcialisonline1.com]can you buy cialis over the counter in spain [/url] buy cialis online forum
    can you buy cialis over the counter? [url=https://genericcialisonline2.com]buy cialis online [/url] can you buy cialis over the counter
    buy discount cialis online [url=https://genericcialisonline3.com]buy cialis online us [/url] buy cialis india
    how to get generic viagra without perscriptions [url=https://genericviagraonline.us.com]viagra online no prescription [/url] generic viagra online pharmacy without a script
    ohio payday loans [url=https://paydayloans03.com]payday loans colorado springs [/url] guaranteed payday loans online
    dental loans for bad credit [url=https://badcreditloans03.com]bad credit loans guaranteed approval direct lenders [/url]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *