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Artistes en exil, par Sarah Sakji

Artistes en exil, par Sarah Sakji Posted on mai 5, 20207 Comments

L’interview

CFI Projects : Il semble qu’après un passage aux Beaux-Arts, tu te sois tournée vers des études de Marché de l’Art avec une spécialisation dans les Arts Graphiques. Puis tu as entamé, après quelques années de travail en galerie, des études de Russe à l’INALCO avec récemment une option dans le domaine du Digital. Pourquoi ces bifurcations ?  Pourrais-tu nous raconter un peu ton parcours? 

J’ai compris que j’étais allergique à une forme de spécialisation et que j’avais besoin de comprendre l’ensemble des choses.

J’ai toujours vécu avec des artistes, et moi-même je dessine et je peins. Mon entourage me considérait plutôt comme quelqu’un qui aurait dû faire les Beaux-arts, mais je ne les ai faits qu’une année. J’ai également, en 2014, commencé à pratiquer le tatouage, toujours attirée par les multiples formes de l’art, en particulier la dimension artisanale et sacrée de ce dernier. J’ai toujours été aux antipodes de ces côtés élitiste et mondain de l’art contemporain dans ma pratique, mais j’ai paradoxalement travaillé pour plusieurs institutions parisiennes dédiées, telles que galeries, salons, foires d’art et ans une Maison de vente aux enchères, ainsi qu’au sein du Musée des Beaux-Arts de Lille au département des Arts graphiques. Je me suis laissée guider par ma passion pour le dessin sous toutes ses formes, tant dans la pratique qu’au travers de son histoire et son expertise. Le russe est également une passion, un regard sur l’ailleurs, au-delà de nos frontières, vers cette civilisation si proche et crainte en même temps.

L’informatique, en revanche, était un domaine qu’il m’était nécessaire d’approfondir au delà du basique, car j’étais principalement animée d’une profonde curiosité scientifique, artistique ou encore anthropologique, et pour le potentiel qu’il concentre. Notamment vis à vis des nouvelles et futures générations d’artistes et d’intermédiaires qui expérimentent cet outil et se déploient dans cet environnement.

Peu de professions ont une identité aussi constante à travers le temps et une visibilité aussi élevée que l’Art ; en raison de sa durabilité, qui vaut aux artistes les plus réputés de traverser le temps. Et par suite, peu d’activités professionnelles sont aussi bien documentées sur la très longue durée. En revanche, le marché de l’art est un phénomène plus récent, vers quelle période l’idée d’un “Marché de l’art” est-elle véritablement apparue ?

En effet, le Marché de l’art tel que nous le connaissons est un phénomène plus récent et s’est développé principalement dans la seconde moitié du 18e siècle. Même si à la période hellénistique  apparaissent les premiers témoignages d’achats d’œuvres d’art, neuves et à usage privé. 

Dans quelles galeries parisiennes as-tu travaillé ? 

J’ai réalisé l’essentiel de mon expérience à la galerie Karsten Greve, située rue Debelleyme dans le quartier du Marais; elle est aussi basée à Cologne en Allemagne et à St Moritz en Suisse. J’ai également travaillé à la galerie Rabouan Moussion, une galerie d’art contemporain située à deux pas, dans la rue Vieille du Temple, et dans la galerie Silbereis, spécialisée dans la céramique, et se trouvait dans le quartier du “Carré Rive Gauche”, association d’antiquaires et de galeries d’art au coeur du 7e arrondissement. 

Et comment les galeries constituent-elles leur collection ou effectuent-elles le choix des artistes qu’elles représentent ? Peux-tu nous dire quelque mots sur leur fonctionnement? 

Une galerie a un programme et une orientation artistique qui définissent son identité. Les artistes ne sont pas choisis au hasard mais en fonction du goût du directeur de la galerie, et l’on retrouve souvent un fil conducteur dans le choix des artistes (une collection est toujours plus ou moins un autoportrait). Les expositions peuvent être sous forme de Solo show, c’est à dire que l’exposition est entièrement dédiée à un seul artiste, ou de Group show, dans ce cas les œuvres sont sélectionnées en fonction des productions du moment des artistes, ou en fonction d’un thème en particulier. 

Qu’est-ce qui fait l’importance d’une galerie? Y a-t-il beaucoup de concurrence dans ce milieu ? 

La galerie s’engage à faire le nécessaire pour mettre en valeur le travail de l’artiste. Pour cela, elles doivent bénéficier de fonds importants afin de se permettre de financer les expositions ou les stands dans les différentes foires d’art du monde. Les frais engagés sont conséquents et couvrent les aspects relatifs à l’évènementiel, à la conservation et au stockage des oeuvres, au transport, à l’assurance, mais aussi à la publicité et à la promotion de leurs artistes. Certaines financent même la publication de leur propre catalogue sur le travail d’un artiste, comme c’était le cas pour la Galerie Karsten Greve. Les galeries n’ont en fait pas le choix: si elles veulent conserver leurs artistes les plus lucratifs, elles doivent s’internationaliser, c’est une question de survie. Il leur faut être au plus proches des clients, exposer et faire connaître le plus largement possible leurs artistes les plus importants. Il existe bien sûr de plus jeunes galeries au budget plus limité, mais les conditions demeurent difficiles. Les galeries souffrent, et risquent même de disparaître, menacées par les maisons de ventes aux enchères, disent-elles, qui leur font une concurrence acharnée, avec des moyens colossaux. Paradoxalement, les galeries sont aussi menacées par les foires elles-mêmes, qui drainent l’essentiel des acheteurs et les privent de visiteurs le reste de l’année. 

Qui décide du prix de l’oeuvre et comment est-il défini ? 

La question du prix d’une œuvre est souvent sujette à controverse. Il faut savoir que le prix d’un objet d’art n’a pas de valeur objective. Il ne se détermine pas en faisant un calcul savant, en multipliant le temps nécessaire pour le réaliser par le salaire horaire de l’artiste et en ajoutant le prix des matières premières. Le prix d’une œuvre est celui auquel le vendeur est prêt à laisser partir la pièce et ce que l’acheteur est prêt à mettre pour la posséder. Il est défini entre le galeriste et l’artiste. Il peut se baser sur la côte de l’artiste lorsqu’il en a une, et en fonction de divers facteurs extérieurs susceptibles de le faire fluctuer.

Peux-tu nous donner une idée de ces facteurs ? 

Ceci n’est pas exhaustif mais cela peut être une importante rétrospective dans un musée national, un concour ou un prix, qui est un gage de visibilité et de reconnaissance pour le travail de l’artiste, ou encore l’acquisition d’une oeuvre par des fonds de dotation ou des collections publiques.

7 comments

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